Plutôt que de vous faire ici état de mon CV de façon académique, qui au demeurant ne vous apprendrait pas grand’ chose sur moi, j’ai choisi de vous parler de mon histoire et de mes combats. Et ce n’est pas parce que j’ai 19 ans que je ne suis pas engagée.
J’ai découvert le métier de plumassier à l’âge de 9 ans, ma maman avait fait la visite de l’atelier d’un jeune plumassier qui venait de s’installer dans les Ateliers de Paris lors des JEMA. Elle est rentrée, m’a parlé de cette rencontre et ça a changé ma vie. C’était une révélation, c’était ça mon métier de rêve : plumassière ! Dans mes souvenirs de petite enfance, ma maman avait racheté un stock de plumes à un modiste qui partait à la retraite, j’avais 5 ans, et je suis tombée dedans comme Obélix dans la potion magique. Le début d’une belle histoire ! Ma mère me fait une place dans son atelier de robes de mariée, j’ai un bureau, des plumes à volonté, plein d’autres matières pour expérimenter.
Dans les dîners de famille ou avec des amis, j’ai tout entendu, les encouragements, l’étonnement, l’admiration même et aussi je me suis heurtée à la méconnaissance et au dénigrement des métiers de la main.
Ce dénigrement, je l’ai aussi rencontré au collège. Trouver un stage d’abord pour confirmer mon choix : pas facile quand on a 13 ans 1/2. Mais la plus vieille entreprise de plumes en France m’a accueillie, confortée et encouragée. Ces 4 ans de collège m’ont permis de participer à quelques concours d’artisanat et d’en gagner quelques-uns (Jean-Paul Gaultier, concours de catherinettes…). Finalement en 3ème lors de mon orientation vers le lycée, il a fallu l’intervention de mes parents pour imposer au conseil de classe mon choix de partir vers une filière professionnelle parce que « quand on est bonne élève, on ne part en lycée pro ». C’était en 2020, je vous laisse juge…
Le lycée : 3 ans de bonheur au Lycée Saint Vincent de Paul à Nîmes, avec des professeurs et un encadrement formidables. Là aussi mon parcours a été atypique : j’ai été autorisée à faire des stages pas forcément 100% couture : une modiste en Ardèche, un atelier parisien de haute-couture, le Moulin Rouge et pour finir Chanel dans les ateliers plumes. Je m’aperçois aujourd’hui, alors que j’accueille des stagiaires, que tous les lycées ne sont pas dans la même implication envers leurs élèves que celle dont j’ai bénéficié. Le Bac MMV sanctionne la fin de cette période, la mention Bien une belle récompense. A moi, Paris !
L’étape suivante, un peu plus difficile ! Depuis 6 ans je sais que je veux rentrer au lycée Octave Feuillet, le seul à enseigner la plumasserie. En mars aux portes ouvertes, on me dit que mon dossier est parfait, il est en haut de la pile. En juillet, la plus grande déconvenue se pointe : plus de places pour les étudiants en post-bac, la priorité étant aux post-3èmes. Une place en FCIL m’est réservée, 24h pour me décider, je la prends. La meilleure décision de ma vie. Cette FCIL Arts de la Mode m’a permis d’explorer d’autres métiers en plus de la plume : j’ai fait modiste, parurière florale, brodeuse. Je finis cette année très spéciale avec la mention Très Bien en ayant rajouté sur mon CV l’Opéra Garnier et Dior. En parallèle, je m’inscris au CAP plumasserie, je le passe, je l’obtiens toute seule et avec mention également.
Je crée mon auto-entreprise dans la foulée, j’ai 18 ans. La marque Coup de Coeur Plumes est née, en écho à l’atelier de ma maman, Coup de Coeur Couture. Nous sommes sur Paris 10 et nous avons la joie de travailler ensemble.
La FCIL m’ayant mis le nez dans la broderie, je décide de resigner pour 2 ans de plus à Octave Feuillet pour un BMA broderie. En parallèle, je me suis inscrite au Meilleur Apprenti de France, juste histoire de voir à quoi ça ressemble, finalement plus par défi envers moi-même, de voir si le stress est un allié ou un ennemi, de chercher mes limites. En juin 2025, le résultat tombe : Médaille d’Argent – Paris ! Inespéré, sachant que le sujet demandait l’utilisation d’une technique vue à peine 4 heures en cours.
Je suis actuellement toujours à mon compte, toujours étudiante en BMA 2 et toujours autant passionnée. J’aime partager mon métier, je me bats pour une reconnaissance des métiers de la main dès le collège avec l’association De l’or dans les mains. Je fais aussi des ateliers initiation pour démystifier ce métier et combattre les idées reçues, (à lire dans mon blog).
Je me découvre militante, ancrée dans le Made in France, soucieuse de mon environnement.
Je mets un point d’honneur à un sourcing local et propre, soucieux du bien-être animal. Dans mon atelier, pas de plumes qui traversent la planète, pas de teinture chimique qui souille les cours d’eaux.
A l’heure d’un questionnement sur l’utilisation de la plume dans la mode, je déplore ici aussi la méconnaissance de nos pratiques et des législations qui nous régissent.
Sophie Chavigneau




